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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 21:28

Karine, 50 ans, vit une grande histoire d’amour avec Marc depuis plus de trente ans. Ce qui ne l’empêche pas d’entretenir parallèlement une liaison régulière et clandestine, dans laquelle elle puise aussi son équilibre.

 

« J’ai aimé Marc dès que je l’ai rencontré. Nous avions 19 ans. J’ai tout de suite eu envie de m’embarquer avec lui pour la vie. Mais est-ce qu’on peut passer toute une vie avec quelqu’un ? À l’époque, déjà, je m’interrogeais. Je l’aimais, mais j’aimais aussi l’aventure, la sexualité, l’adrénaline, découvrir d’autres corps… Je ne voyais pas pourquoi l’un me priverait des autres. J’ai continué à vivre de cette manière jusqu’à ce que Marc le découvre. Ça a été terrible. La douleur était tellement insupportable pour lui, et il comptait déjà tellement pour moi, que j’ai trouvé que ça ne valait pas la peine de mettre notre histoire en péril, et j’ai décidé de me passer de ces aventures sans importance.

 

Une fois l’orage calmé, tout a été simple, naturel, évident entre nous ; on a commencé à vivre ensemble sans même se poser la question, et sans jamais décider formellement de ce à quoi on s’engageait. On est tous les deux faciles à vivre, chacun accepte le fonctionnement de l’autre. Je pense que ce genre de relation marche quand les deux protagonistes y trouvent ce qu’ils cherchent, même si ce n’est pas la même chose pour l’un et pour l’autre.

 

C’est ce qui se passe entre Marc et moi : nous avons cet équilibre-là, qu’il ne définirait sûrement pas comme ça, mais on est heureux d’être ensemble, depuis toujours.


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On a eu trois enfants, une vie de famille, des amis, des projets ; on a acheté une maison. Quand je croisais un homme qui me troublait, je passais mon chemin. Jusqu’à ce que je rencontre Gilles, l’année de mes 30 ans. Nous sommes devenus amis. Nous avons résisté longtemps, trois ou quatre ans, au désir qui nous poussait l’un vers l’autre, et puis nous avons fini par y céder. Nos conjoints et nos enfants se connaissaient, nous étions tous les deux heureux en couple, mais nous vivions ensemble quelque chose de très fort, de très intime, de très précieux. Et de très clandestin, aussi : pas question ni pour lui ni pour moi de mettre nos familles en péril.

 

À part la peur de nous faire prendre et que tout bascule, cette situation m’a comblée. Je n’ai jamais eu l’impression de voler quoi que ce soit à Marc : ce que je vivais avec Gilles n’avait rien à voir avec ce que nous partagions tous les deux. Marc était très souvent absent pour son travail, et je pense que je n’aurais pas du tout supporté que ma vie tourne autour de la sienne, au rythme de ses absences, et d’attendre des jours et des jours qu’il revienne enfin, le plus souvent épuisé.

 

Gérer ma culpabilité m’a pris un peu de temps, mais, dans le fond, je pense que mon choix était juste. Ma relation avec Gilles m’a permis d’être vraiment moi-même, de vivre avec lui des choses fortes et profondes, sans priver Marc de quoi que ce soit. À trois conditions, qui étaient non négociables pour moi : d’abord, que rien ne transpire, d’aucune façon ; ensuite, que Marc passe toujours avant tout, quoi qu’il arrive, sans dérogation possible ; enfin, qu’il n’en souffre jamais. Quelle que soit la force de ce que je vivais avec Gilles, Marc était prioritaire. Je pense que s’il découvrait que j’ai une intimité amoureuse avec un autre homme, Marc ne serait pas jaloux, il serait dévasté.

 

Nous avons tenu de cette manière pendant dix ans. Je sais que ça peut paraître étrange d’oser le dire, mais je suis quelqu’un de très fidèle. Je me suis sentie vraiment moi-même dans cette situation, épanouie, heureuse, donc capable de rendre Marc heureux, à quelques sueurs froides près. Et puis l’équilibre s’est rompu : Gilles a eu de plus en plus de mal à supporter la clandestinité, il nous faisait prendre des risques, il commençait à souffrir de notre histoire. J’ai décidé d’y mettre fin. Tout ça n’est possible que si personne ne fait de mal à personne…

 

Nous avons été très malheureux, tous les deux. Il m’en a beaucoup voulu. Il m’en veut encore, je crois, même si je suis sûre que nous nous aimerons toute notre vie, comme tous les gens, amants ou amis, avec qui j’ai vécu une relation vraiment sincère.

 

Après cette rupture, j’ai soufflé – c’est épuisant d’être toujours sur le qui-vive et d’avoir tout le temps peur de se faire attraper –, et j’ai décidé de ne plus jamais me retrouver dans une situation aussi compliquée, avec quelqu’un que Marc connaît aussi et qui fait partie de notre vie à tous les deux. C’est également à cette période que j’ai enfin dit oui à Marc, qui me demandait en mariage tous les ans depuis que nous nous connaissions. Je crois qu’il a toujours eu peur que je parte, et j’ai accepté que nous nous mariions pour qu’il arrête de “flipper”. C’est clair depuis longtemps pour moi, et maintenant pour lui aussi : nous finirons notre vie ensemble. Marc est ma première histoire d’amour. Mon bel amour. Mon grand amour.

 

Pour lui, la confiance est basée sur la transparence : les deux ou trois fois où il est arrivé qu’il ait le béguin pour une autre femme, je l’ai su avant lui. J’étais malheureuse, évidemment, mais ce que j’ai eu le plus de difficulté à supporter, c’est qu’il me le cache si mal. Pour lui, il est inconcevable qu’une situation pareille ne soit pas un dilemme. Moi, je comprends que ça puisse arriver : je ne pense pas être capable de vivre entièrement par et pour quelqu’un.

 

Je ne me suffis pas à moi-même et, même si nous sommes très heureux ensemble, à tous points de vue – y compris sexuel, depuis toujours –, je pense que ni Marc ni personne ne peut me “suffire”. J’ai besoin de tout le reste, aussi. Pour moi, la confiance n’est pas liée à la transparence, mais au respect. Je le respecte infiniment. Ne rien laisser transparaître de ce que je vis sans lui est la manière la plus sûre de le protéger.

 

Par exemple, je ne lui monte jamais de bateau : je ne lui raconte pas tout, mais je n’invente jamais une histoire qui n’existe pas pour m’en faire un alibi, et je ne prends jamais sur du temps que nous avons prévu de passer ensemble pour aller vivre ma vie.


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Trois ans après avoir quitté Gilles, j’ai rencontré Georges. J’ai résisté le temps de sentir que ce qui nous attirait l’un vers l’autre était puissant et profond, sans bien savoir ce que c’était. Nous nous voyons régulièrement depuis presque quatre ans maintenant, et je vis avec lui exactement ce dont j’ai envie et besoin, et que je ne pourrais pas vivre avec Marc. Mon désir pour l’un n’enlève rien à mon désir pour l’autre, au contraire ; ça ne soustrait pas, ça augmente, ça ouvre, ça enrichit ! Georges et moi, c’est une bulle de liberté et d’expériences dans ma vie à moi. C’est un moment que je choisis et qui m’appartient, hors du temps, où je ne suis plus la femme de Marc, la mère de nos enfants, l’amie de nos amis, la voisine de nos voisins ; un espace dans lequel je m’abandonne instantanément, comme si j’étais seule au monde, et simplement moi, mais en mieux.

 

Nous nous rendons absolument disponibles l’un à l’autre le temps que nous sommes ensemble, avant de retourner chacun à notre vie. Nous partageons une intimité évidente et sans contingences. Je peux me permettre avec lui tout ce qui serait invivable au quotidien : la passion, la franchise, l’exigence absolue ; laisser remonter à la surface sans les refouler des petits bouts de moi qui étaient enfouis et qui n’ont pas de place dans mon autre vie.

 

Quand je retrouve Georges, quelquefois seulement pour dormir une heure dans ses bras, j’ai l’impression d’être absolument bien avec moi-même. C’est inestimable et rare de rencontrer quelqu’un comme lui avec qui une telle liberté est possible. Tellement rare que je trouve que je n’ai pas le droit de passer à côté. Ce serait du gâchis de ne pas le vivre, aussi.


 Propos recueillis par Valérie Péronnet pour Psychologies magazine.

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Published by lutinages - dans témoignages
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